Fermez les yeux et imaginez. Le soleil de Provence qui caresse votre visage, le chant des cigales en fond sonore et cette odeur irrésistible qui s’échappe d’un four à bois sur le marché de Toulon. C’est l’odeur de la cade, cette grande et fine galette dorée à base de farine de pois chiches, trésor culinaire du Var et cousine de la célèbre socca niçoise. Plus qu’une simple recette, la cade est un monument de la street food à la française, un plat populaire, simple et profondément réconfortant qui se partage dans la plus grande convivialité.
Aujourd’hui, nous n’allons pas seulement vous livrer une liste d’ingrédients, mais vous transmettre un fragment de cet art de vivre méridional. Nous allons vous guider, pas à pas, pour que vous puissiez recréer chez vous ce délice croustillant à l’extérieur et incroyablement moelleux à l’intérieur. Oubliez les recettes compliquées et les ingrédients introuvables. La magie de la cade réside dans sa simplicité et dans le respect de quelques secrets de cuisson que nous allons vous dévoiler. Enfilez votre tablier, le voyage gustatif en Provence commence maintenant, dans votre propre cuisine.
10 minutes (+ 2 heures de repos)
15 minutes
facile
€
Ingrédients
Ustensiles
Préparation
Étape 1
Dans un grand saladier, commencez par tamiser la farine de pois chiches. Le tamisage, c’est l’action de passer la farine à travers un tamis, une sorte de passoire à mailles très fines, est une étape cruciale. Ne la sautez surtout pas ! Elle permet d’aérer la farine et d’éviter la formation de grumeaux désagréables. Votre pâte, que l’on appelle en cuisine un appareil, c’est-à-dire le mélange des ingrédients de base avant cuisson, n’en sera que plus lisse et homogène.
Étape 2
Creusez un puits au centre de la farine tamisée, comme un petit volcan. Versez-y lentement la moitié de l’eau froide tout en commençant à fouetter énergiquement du centre vers les bords. Votre objectif est d’incorporer la farine petit à petit pour obtenir une pâte épaisse et lisse. Une fois ce premier mélange homogène, vous pouvez ajouter le reste de l’eau, toujours en filet et sans cesser de fouetter. La consistance finale doit être assez liquide, semblable à celle d’une pâte à crêpes.
Étape 3
Incorporez ensuite deux cuillères à soupe d’huile d’olive et la cuillère à café de sel fin. Donnez un dernier bon coup de fouet pour que tous les ingrédients soient parfaitement liés. Maintenant, l’étape la plus importante pour le goût et la texture : le repos. Couvrez votre saladier d’un torchon propre et laissez reposer l’appareil à température ambiante pendant au moins deux heures. Ce temps de pause est fondamental, il permet à la farine de s’hydrater complètement, de développer ses arômes de noisette et d’atténuer son amertume naturelle.
Étape 4
Environ trente minutes avant la fin du temps de repos, préparez votre four. C’est le deuxième secret de la cade ! Il doit être extrêmement chaud. Préchauffez-le à sa température maximale, soit environ 270°C, en mode chaleur traditionnelle ou, si possible, avec la fonction gril activée. Versez les deux cuillères à soupe d’huile d’olive restantes dans votre grand plat en métal et enfournez-le à vide pour qu’il devienne brûlant.
Étape 5
Une fois le four et le plat à température, sortez le plat avec une extrême précaution à l’aide de maniques. Remuez une dernière fois votre pâte à cade puis versez-la dans le plat chaud. Le contact de la pâte froide avec le métal brûlant va créer un choc thermique qui saisit le dessous de la galette et lui donnera son croustillant inimitable. La couche de pâte ne doit pas être trop épaisse, visez environ 3 à 5 millimètres.
Étape 6
Enfournez immédiatement le plat sur la grille la plus haute du four, au plus près du gril. Laissez cuire pendant environ 10 à 15 minutes. La cade est prête lorsqu’elle est bien dorée, que les bords sont croustillants et que des bulles se sont formées et ont bruni à la surface. Ne la quittez pas des yeux, la cuisson est très rapide sur la fin !
Étape 7
Dès la sortie du four, donnez quelques tours de moulin à poivre sur toute la surface. La tradition veut que l’on ne coupe pas la cade, on la ‘déchire’ ou on la racle avec une spatule en métal pour former des morceaux irréguliers. Servez-la immédiatement, brûlante, car elle ne supporte pas d’attendre.
Mon astuce de chef
Le secret d’une cade réussie réside dans deux détails non négociables : un temps de repos d’au moins deux heures pour la pâte, qui permet à la farine de s’hydrater pleinement et de perdre son amertume, et un four chauffé à sa température maximale avec le plat huilé à l’intérieur. Ce choc thermique saisit la pâte instantanément, créant ce contraste divin entre un dessous croustillant et un cœur moelleux. Si vous n’avez pas de plat spécifique, une grande poêle en fonte qui passe au four ou un plat à pizza en tôle épaisse peuvent faire l’affaire, l’essentiel est que le métal soit un bon conducteur de chaleur.
Accords mets et vins
La cade, avec ses saveurs rustiques de pois chiche et sa texture gourmande, appelle la fraîcheur et la simplicité. L’accord parfait et évident est un rosé de Provence. Choisissez un vin sec, léger et fruité, comme un Coteaux d’Aix-en-Provence ou un Côtes de Provence. Ses notes de petits fruits rouges et sa vivacité trancheront avec le côté riche de la galette et nettoieront le palais, invitant à la prochaine bouchée.
Pour une alternative locale et tout aussi rafraîchissante, tournez-vous vers une bière blanche artisanale de la région. Ses arômes d’agrumes et son pétillant délicat se marieront à merveille avec le poivre fraîchement moulu et le fondant de la cade. C’est un accord plus moderne mais tout aussi convivial.
Née dans les rues de Toulon, la cade est un plat emblématique de la cuisine populaire varoise. Son nom viendrait de l’italien ‘caldo’ qui signifie ‘chaud’, car elle se déguste toujours brûlante, à peine sortie du four. Historiquement, c’était le casse-croûte des dockers et des ouvriers, un plat économique, nourrissant et rapide à préparer. Sa recette, d’une simplicité désarmante, témoigne de l’ingéniosité d’une cuisine de subsistance qui a su transformer des ingrédients modestes en un véritable délice. Si vous vous promenez dans le sud-est de la France ou en Ligurie italienne, vous rencontrerez ses cousines : la socca à Nice, plus fine et plus large, et la farinata en Italie, souvent garnie de romarin. Chacune possède sa propre identité, mais toutes partagent ce même ADN méditerranéen, celui d’une galette de pois chiches cuite à très haute température, symbole d’un patrimoine culinaire commun et d’un art de vivre tourné vers le partage et la convivialité.





